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En classe, débattre du futur du journalisme

Sept chaises sur l’estrade. Nos professeurs ont rejoins le banc d’étudiants, nous laissant occuper la place de celui qui parle. Une place vide. “Quelqu’un pour remplacer Gustavo?”. C’est l’assistance que nous consultons, ou plutôt nos collègues de classe, Laura se sacrifie. Nous voilà au complet. À trois contre trois, séparés par un modérateur, le groupe débâtera sur le futur du journalisme, défendant une vision ou l’autre, positive ou pessimiste.

Quelque chose sonne faux. Nous, étudiants en journalisme, en arrivons en mettre en doute notre propre légitimité ? Ou sommes nous simplement conscients que ce qui nous attend n’est pas de travailler comme journaliste sinon comme communicant ? Il m’incombe de défendre que le journalisme, malgré les mutations qu’il connait, continuera d’exister en raison de son rôle comme élément clé de l’espace public. Une postulat rendu caduque par certaines évidences comme la perte de confiance du public en les médias, la difficulté à établir de nouveaux modèles économiques adaptés à Internet et le fait qu’au jour d’aujourd’hui chacun peut prétendre à informer en créant son propre blog sans grandes difficultés. Tendances nouvelles et véridiques ou idées transmises par la pensées commune ?

A en croire les enquêtes sur les pratiques culturelles, si nous lisons de manière distincte en fonction du support, nous lisons plus qu’avant. Comme l’explique Daniel Hillis 1, une société aspirant à plus de démocratie et plus de libertés implique de la part des citoyens des prises de décision. Cela va de pair avec une soif accrue d’information. Comme le démontre Tom Rosenstiel 2, les grands médias de communication sont toujours les acteurs majeurs de celle-ci. Les scandales journalistiques, celui des écoutes pratiquées par News of the World ou le cas Jayson Blair au New York Times ne sont pas chose nouvelle. Se rappeler du l’affaire Dreyfus ou de la propagande anti-Allende menée par le journal chilien El Mercurio nous confirme que le journalisme sans faille n’a jamais existé et que plus d’une fois son rôle de contre-pouvoir a été remis en question.

Internet, un espace infini dont la serendipité et les possibilités de partage sont l’opportunité de voir s’élargir l’agenda médiatique et s’enrichir ses contenus. Un thème qui ne cesse de revenir sur le tapis, le futur du format papier. Dans les deux camps, on admet que jusqu’aux publications les plus réputées, Le Monde, The New York Times ou El País, sont face à des difficultés économiques et temporelles qui affectent leur qualité. Javier, défendant du pessimisme, émet l’idée selon laquelle la version électronique d’ El País n’est pas du même acabit que son homologue de papier, qu’elle est bien trop soumise à la course à la montre. Les éditions jamais imprimées sous presse, tel OWNI ou The Huffington Post, fourniraient-elle les meilleures interfaces et les meilleurs contenus en ligne? Stratégies payantes, financement par prestation de service ou modèle participatif, des formules qui tâtonnent mais semblent en voie vers un équilibre économique, parfois même sans publicité. Pour les amoureux du papier, Mediapart propose même à ses abonnés d’imprimer La Une. Comme le dit Soledad Gallego-Díaz, « ça m’est égal le papier ou la tablette ». S’accrocher à un format n’est que nostalgie, un peu comme Socrate prévenant des dangers de l’écrit.

Chacun peut rédiger son blog. Mais qui sont ces « chacun » ? Boulangers, médecins, électriciens ? Pour certains d’entre eux, sûrement. Cependant, en majorité, ce sont des étudiants en journalisme, des journalistes, des experts. Combien sont lus ? Peu. Internet, c’est une possibilité de s’exprimer, un faire-valoir de son talent, mais cela ne signifie en aucun cas que le journaliste ai perdu son rôle de médiateur, car il est un professionnel, avec une éthique et des compétences, une connaissance du monde des médias et une créativité expressive. Au contraire, il doit récupérer la confiance de ses lecteurs, auditeurs, téléspectateurs. Se libérer des pressions politiques, économiques et temporelles, refuser que soit dévalorisé son travail, s’insurger contre ceux qui font de l’information un produit pour un usager. Si te van a matar, no te suicides 3